«  Le lieu le plus sacré, le plus vénéré sur terre est la demeure de chaque citoyen. Là sont son foyer et ses dieux domestiques, là le centre véritable de son culte, de sa religion et du rituel domestique  ».

Cette citation de Cicéron célèbre orateur et avocat du Ier siècle avant J.-C nous montre le point focal de la sacra privata, l’aspect du cultus deorum centré sur la famille. C’est la place sacrée du foyer ou sont faites les offrandes et les prières aux dieux. Avant de rentrer dans le vif du sujet nous devons distinguer d’une part la religion publique comme étant la religion de l’ensemble de la communauté. D’autre part, la religion privée se définit comme étant celle d’un particulier ou d’un groupe de personne. Par conséquent, les cultes privés semblent devoir englober les cultes domestiques ainsi que les cultes des associations, corporations professionnelles.  La religion traditionnelle des romains est d’abord centrée sur la famille et le culte des ancêtres.

La plupart des divinités des premiers Romains liées au foyer demeurent dans le culte romain. Les Romains vénèrent les Lares et les Pénates, ainsi que les ancêtres morts (mânes).Les divinités sont honorées lors des prières quotidiennes et lors des repas. Le chef de la famille, le père, en est le prêtre.

Ces dieux du foyer ont leur emplacement réservé dans chaque domus : une niche, une table, un simple coin de pièce, un autel ou un petit sanctuaire qu'ils partagent avec le Lare - d'où le nom de laraire.

Chaque jour, on célèbre les pénates, divinités du foyer qui veillent sur le feu de cuisine : le mot "pénates" vient en effet de penus, qui signifie garde-manger. Les pénates se déplacent avec la famille qu'ils protègent. Lorsqu’Enée quitte Troie pour l'Italie, Créuse confie les pénates à Anchise, qu'il transporte lors de son périple (Figure 1). L'expression française "transporter ses pénates" vient de cette coutume. Le culte des pénates est étroitement associé à celui de Vesta, la déesse du feu domestique, qui ne doit jamais s'éteindre pas plus que le feu sacré de la cité.

A la différence des pénates, les lares sont attachés à un lieu fixe et ne peuvent suivre la famille dans ses déplacements.

Pour Horace, le Lare est l'esprit bienveillant qui préside aux repas et aux joies simples de la vie familiale, il est le gardien des hommes et de tout ce qui concourt à leur bien-être. Le véritable autel des Lares est le foyer. De multiples occasions de la vie privée ou publique donnaient lieu à la célébration des Lares. Les Lares étaient célébrés aux principaux jours de fête, aux Calendes, aux Nones, aux Ides et aux jours de nouvelle lune ; on leur offrait des sacrifices, on les couvrait de guirlandes et on leur faisait des offrandes journalières : des fleurs, des fruits, du miel, des épis, de l'encens (au moins une fois par mois), des libations de vin. On leur immolait parfois des animaux domestiques, des truies ou des agneaux. Tibulle dit que les grappes de raisin, les couronnes d'épis, les rayons de miel et les galettes de froment sont leurs offrandes préférées. Mais on leur consacrait surtout en pensée la flamme du foyer comme le fait Enée dans L'Enéide. Les jeunes gens revêtant la toge virile leur consacraient la bulla de leur enfance ; de retour à son domicile après un voyage, le maître de maison devait saluer le Lare familier avant même de faire le tour de sa propriété ; le père de famille qui mariait sa fille lui faisait des offrandes pour assurer son bonheur conjugal et la mariée lui offrait un sacrifice. Cette dernière selon le rite de la coemptio (mariage civil)  entrait dans la maison de son époux avec trois pièces de monnaie : la première, dissimulée dans sa main, était pour son mari ; la seconde, cachée dans sa chaussure, pour les Lares domestiques ; la dernière pour l'autel du lar compitalis habitant le carrefour le plus proche.

Figure 2 : Denier montrant les visages des Pénates, époque républicaine, British Museum

Figure 3 : Dieu lare, Ier- II ème siècle ap. J.-C, Louvre

femme romaine

Figure 4 : Laraire de la maison du poète, Pompéi 

La famille romaine honore aussi par des sacrifices le Génie qui est une sorte de double surnaturel protégeant l'individu (le pater familias). Il est représenté par un serpent ondulant ou un homme en toge portant la corne d'abondance, et se trouve souvent placé dans le laraire. On lui offre gâteaux, vin, fleurs.

On n'honore pas seulement les lares sur le lararium : à leurs côtés figurent de nombreuses statuettes représentant diverses divinités. Autrement dit à Rome, les dieux sont partout et représentent une myriade de divinités.  

 

Bibliographie :

Dubourdieu Annie, Les origines et le développement du culte des Pénates à Rome, Paris, École française de Rome, 1989

 

Laforge Marie-Odile, La religion privée à Pompéi, Paris, CNRS, 2009

Webographie :

www.remacle.org

ocipompeiani.free.fr/pages/laraires.html

http://faustula.free.fr/religion/p%E9nates.html

Figure 1 : Enée fuyant Troie, tapisserie de la Marche, fin XVIIe début XVIIIe, cité internationale de la tapisserie et de l’art tissé, musée de la tapisserie Aubusson

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